Un taux ne vaut que pour une date et un document
Acheter en dollars et vendre en euros, c'est accepter que le même article n'ait pas le même coût selon le jour où on le paie. Tout le reste en découle.
La tentation est d'appliquer un taux moyen, ou le taux du jour, à l'ensemble. Le résultat est un coût de revient faux sur chaque ligne, et une marge qui varie sans qu'on sache si c'est le produit ou la monnaie.
Chaque document porte donc le taux de sa propre date. Et la liste de ces documents n'est pas figée : tout objet qui manipule un montant en devise hérite du même mécanisme, y compris ceux ajoutés plus tard.
Les documents qui portent une devise et un taux
Deux sources, et aucun jour sans taux
Les taux ne se saisissent pas : ils sont repris chaque jour d'une source publique. La Banque centrale européenne d'abord, parce qu'elle fait référence, pour les trente-deux devises qu'elle publie — le dollar, la livre, le franc suisse, le yen, le yuan, le réal, la roupie, le rand, et les monnaies des pays voisins. XE.com ensuite, pour les cent cinquante autres.
La bascule est automatique : une devise que la BCE ne couvre pas est rattachée à la seconde source sans que personne ait à le décider. Et d'autres sources peuvent être branchées — une banque centrale nationale, un fournisseur de marché — si une activité l'exige : c'est la source qui change, pas la façon dont les taux entrent dans les documents.
Reste le cas qui fait mal : un jour manquant. Une source indisponible, une devise activée après coup, un incident réseau, et le taux d'un jour n'a jamais été enregistré. Les documents de cette date-là sont valorisés au petit bonheur.
Ce que chaque source couvre
Un mois de taux, et les trous que le contrôle rattrape
- Jour dont le taux est enregistré
- Jour ouvré sans taux, à rattraper
- Week-end, sans taux à chercher pour la source qui n'en publie pas
Un document créé avant que le taux du jour soit publié
Une commande saisie à huit heures du matin ne peut pas porter le taux officiel du jour : il n'existe pas encore. Elle reçoit donc le dernier taux connu, et elle est marquée comme provisoire.
Quand le taux définitif arrive, tous les documents encore provisoires sont recalculés — et la correction descend jusqu'au coût de revient si l'article a déjà été reçu. Sans cela, l'approximation d'un matin resterait dans la valorisation du stock pour toujours.
Ce que devient un taux provisoire
Se couvrir, c'est refuser le taux du marché
Une entreprise qui achète en dollars peut acheter ses dollars à l'avance, auprès de sa banque, à un taux négocié. Ce taux-là est le sien : il ne ressemble pas au taux du jour, et il ne doit pas être corrigé quand celui-ci bouge.
Un taux saisi à la main sort définitivement du mécanisme de correction. Il ne sera ni écrasé par la source, ni rattrapé par le contrôle quotidien. Et comme tout changement de taux est tracé dans le fil du document, on sait toujours qui l'a posé et quand.
Les taux sont enregistrés avec six décimales. Sur une commande à six chiffres, l'arrondi à quatre décimales suffit à créer un écart de plusieurs dizaines d'euros — un écart qu'on passe ensuite du temps à chercher.
La même commande, deux mois plus tard, ne coûte plus pareil
Entre le jour où la commande part et celui où elle est payée, le taux a bougé. La marchandise n'a pas changé, le fournisseur non plus : c'est la monnaie qui s'est déplacée, et le coût de revient avec.
46 000 $ commandés en mars, payés en mai
- À la commande, le 12 mars 1 € = 1,081 $ 42 553 € attendu
- Au paiement du solde, le 21 mai 1 € = 1,112 $ 41 367 € réel
- Ce que le change a fait gagner 1 186 € 2,8 % du montant de la commande
L'écart de change est l'un des postes du coût de revient reconstitué, à côté du transport et des droits de douane. Voir comment le coût réel est reconstitué.
Côté vente, la même règle s'applique : une vente encaissée en devise se convertit au taux de sa date, sans quoi la marge comparerait des euros de mars à des dollars de mai. Voir comment la marge réelle est reconstituée.
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