Travailler en devise

Le taux de chaque date, sur chaque document — et ce que le change a coûté entre la commande et la réception.

Le principe

Un taux ne vaut que pour une date et un document

Acheter en dollars et vendre en euros, c'est accepter que le même article n'ait pas le même coût selon le jour où on le paie. Tout le reste en découle.

La tentation est d'appliquer un taux moyen, ou le taux du jour, à l'ensemble. Le résultat est un coût de revient faux sur chaque ligne, et une marge qui varie sans qu'on sache si c'est le produit ou la monnaie.

Chaque document porte donc le taux de sa propre date. Et la liste de ces documents n'est pas figée : tout objet qui manipule un montant en devise hérite du même mécanisme, y compris ceux ajoutés plus tard.

Les documents qui portent une devise et un taux

Les documents qui portent un taux de conversion Quatre documents — commande d'achat, commande de vente, paiement, coût logistique — portent chacun sa devise et le taux de sa date. Tous héritent du même mécanisme, et un cinquième emplacement laissé ouvert rappelle qu'un nouveau type de document en hérite sans rien à reprendre. commande d'achat 12 mars · 1,081 commande de vente 14 avril · 1,087 paiement 21 mai · 1,112 coût logistique 02 mai · 1,094 le même mécanisme, pour tous La liste n'est pas écrite en dur : un nouveau type de document en hérite, sans qu'on ait à penser à l'y ajouter.
Le jour où l'on ajoute un type de document qui manipule des montants — un avoir, une provision, un frais d'un genre nouveau —, il arrive avec sa devise et son taux. C'est le genre de détail qu'on ne remarque que lorsqu'il manque, six mois plus tard, sur un écran qui affiche des euros faux.
Les sources

Deux sources, et aucun jour sans taux

Les taux ne se saisissent pas : ils sont repris chaque jour d'une source publique. La Banque centrale européenne d'abord, parce qu'elle fait référence, pour les trente-deux devises qu'elle publie — le dollar, la livre, le franc suisse, le yen, le yuan, le réal, la roupie, le rand, et les monnaies des pays voisins. XE.com ensuite, pour les cent cinquante autres.

La bascule est automatique : une devise que la BCE ne couvre pas est rattachée à la seconde source sans que personne ait à le décider. Et d'autres sources peuvent être branchées — une banque centrale nationale, un fournisseur de marché — si une activité l'exige : c'est la source qui change, pas la façon dont les taux entrent dans les documents.

Reste le cas qui fait mal : un jour manquant. Une source indisponible, une devise activée après coup, un incident réseau, et le taux d'un jour n'a jamais été enregistré. Les documents de cette date-là sont valorisés au petit bonheur.

Ce que chaque source couvre

La couverture des deux sources de taux La Banque centrale européenne publie trente-deux devises, XE.com cent quatre-vingt-deux. Trente-six sont couvertes par les deux : la BCE est alors consultée en premier, parce qu'elle fait référence. Banque centrale européenne 32 devises · consultée en premier XE.com 182
Trente-six devises sont couvertes par les deux. Dans ce cas la BCE l'emporte : un taux officiel vaut mieux qu'un taux de marché quand il s'agit de valoriser un stock et de justifier une marge devant un commissaire aux comptes.

Un mois de taux, et les trous que le contrôle rattrape

Les jours sans taux, détectés et comblés Une bande de jours. La plupart portent un taux. Trois jours ouvrés en sont dépourvus : ils sont détectés, et un travail par jour manquant va rechercher le taux. Les week-ends ne sont pas comptés comme des trous pour la source qui ne publie rien ces jours-là. trois jours ouvrés sans taux : un travail part chercher chacun d'eux
    Le contrôle ne remonte pas avant le premier document qui a utilisé la devise : inutile de réclamer des taux pour une période où elle ne servait à rien.
    • Jour dont le taux est enregistré
    • Jour ouvré sans taux, à rattraper
    • Week-end, sans taux à chercher pour la source qui n'en publie pas
    Le contrôle tourne chaque jour, sur chaque devise réellement utilisée. Une devise qu'aucune des deux sources ne couvre est signalée plutôt qu'ignorée — c'est la seule issue honnête quand on ne sait pas convertir, et elle vaut mieux qu'un taux inventé.
    Le provisoire

    Un document créé avant que le taux du jour soit publié

    Une commande saisie à huit heures du matin ne peut pas porter le taux officiel du jour : il n'existe pas encore. Elle reçoit donc le dernier taux connu, et elle est marquée comme provisoire.

    Quand le taux définitif arrive, tous les documents encore provisoires sont recalculés — et la correction descend jusqu'au coût de revient si l'article a déjà été reçu. Sans cela, l'approximation d'un matin resterait dans la valorisation du stock pour toujours.

    Ce que devient un taux provisoire

    La correction d'un taux provisoire Une commande saisie le 3 mai au matin reçoit le taux de la veille, 1,094, marqué provisoire. En fin de journée le taux du 3 mai est publié, 1,101. La commande est recalculée, et la correction descend jusqu'au coût de revient de l'article déjà reçu. 3 mai, 8 h · commande saisie taux repris de la veille : 1,094 provisoire 3 mai, 17 h le taux du jour paraît : 1,101 commande corrigée et coût de revient avec Un taux provisoire ne survit pas à la publication du vrai : la correction se propage aux documents, puis à la valorisation du stock.
    C'est le genre de mécanisme qu'on ne voit jamais fonctionner, et dont l'absence se paie en écarts inexplicables entre la comptabilité et le stock.
    Le taux choisi

    Se couvrir, c'est refuser le taux du marché

    Une entreprise qui achète en dollars peut acheter ses dollars à l'avance, auprès de sa banque, à un taux négocié. Ce taux-là est le sien : il ne ressemble pas au taux du jour, et il ne doit pas être corrigé quand celui-ci bouge.

    Un taux saisi à la main sort définitivement du mécanisme de correction. Il ne sera ni écrasé par la source, ni rattrapé par le contrôle quotidien. Et comme tout changement de taux est tracé dans le fil du document, on sait toujours qui l'a posé et quand.

    Les taux sont enregistrés avec six décimales. Sur une commande à six chiffres, l'arrondi à quatre décimales suffit à créer un écart de plusieurs dizaines d'euros — un écart qu'on passe ensuite du temps à chercher.

    L'écart

    La même commande, deux mois plus tard, ne coûte plus pareil

    Entre le jour où la commande part et celui où elle est payée, le taux a bougé. La marchandise n'a pas changé, le fournisseur non plus : c'est la monnaie qui s'est déplacée, et le coût de revient avec.

    46 000 $ commandés en mars, payés en mai

    • À la commande, le 12 mars 1 € = 1,081 $ 42 553 € attendu
    • Au paiement du solde, le 21 mai 1 € = 1,112 $ 41 367 € réel
    • Ce que le change a fait gagner 1 186 € 2,8 % du montant de la commande
    Cette fois l'euro s'est renforcé et l'écart joue en faveur de l'acheteur. Il aurait aussi bien pu coûter 1 186 € — et sur une année d'achats, ces écarts finissent par peser autant qu'une négociation de prix. Encore faut-il les mesurer plutôt que les découvrir en fin d'exercice.

    L'écart de change est l'un des postes du coût de revient reconstitué, à côté du transport et des droits de douane. Voir comment le coût réel est reconstitué.

    Côté vente, la même règle s'applique : une vente encaissée en devise se convertit au taux de sa date, sans quoi la marge comparerait des euros de mars à des dollars de mai. Voir comment la marge réelle est reconstituée.

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